Dans ce premier volume, Claudio Jannet propose une critique documentée et sévère des institutions américaines à la fin du XIXᵉ siècle : partis, suffrage universel, pouvoir de l'argent et dégradation des mœurs. Écrit depuis une perspective catholique et européenne, l’ouvrage interroge la compatibilité entre la démocratie de masse et le bien commun.
Dans ce livre rédigé avec la verve polémique et la précision documentaire qui le caractérisent, Claudio Jannet entreprend d’examiner l’œuvre politique et sociale accomplie aux États-Unis depuis la fondation républicaine jusqu’à son évolution contemporaine. L’approche se veut double : d’un côté, une érudition factuelle — citations de journaux, rapports, chiffres et jugements contemporains — ; de l’autre, une méditation morale et civique sur les effets de doctrines qui, nées de l’enthousiasme révolutionnaire, ont dégénéré en pratiques contraires à l’ordre naturel et chrétien.
Jannet commence par rappeler les origines, les intentions des pères fondateurs et la figure de Washington, puis montre comment le principe — aujourd’hui si souvent brandi — de la souveraineté purement populaire a peu à peu corrompu la République. Dans son esprit, le suffrage universel sans garde-fous moraux a rendu la cité vulnérable aux passions du moment, transformant le gouvernement en un instrument aux mains des politiciens et des combinaisons électorales.
L’auteur décrit ensuite la guerre de Sécession et ses suites : non seulement comme un conflit militaire, mais comme un moment révélateur des fragilités institutionnelles et des ambitions personnelles qui minent la grandeur civique. Il s’attache à l’ère des présidents généraux, aux dérives du culte du leader et aux compromissions engendrées par la lutte pour le pouvoir.
Grande place est faite au rôle de l’argent : Jannet dénonce le règne du dollar, la mainmise d’intérêts financiers sur la politique, la presse et la vie privée. Pour lui, la prospérité matérielle coexiste avec une corruption morale diffuse : pratiques mercantiles qui altèrent les mœurs domestiques, mainmise des financiers sur la vie publique, et une presse largement contrôlée par l’appât du gain et l’intérêt partisan.
La pratique du suffrage universel est analysée sous l’angle de ses conséquences pratiques : gouvernement des politiciens, clientélisme, manipulation des foules. Jannet s’alarme de la place prise par les « machine-politics », des combinazioni électorales et de l’émergence d’un type d’homme politique davantage soucieux de conserver son fauteuil que de gouverner selon la conscience.
Sous sa plume, la condition des femmes, les mœurs domestiques et la question de la famille sont des baromètres de la décadence ou de la santé sociale : l’auteur observe l’altération des usages privés sous l’effet du matérialisme et de l’attrait de la réussite matérielle, et s’inquiète des conséquences pour la stabilité du foyer et l’éducation des générations.
Jannet n’ignore pas les forces qui ont assuré malgré tout la survie et la prospérité des États-Unis : l’énergie industrielle, l’immigration, les libertés locales et la vitalité civique dans maintes régions. Mais chez lui ces éléments favorables ne suffisent pas à effacer les risques : l’unification économique et la domination des intérêts financiers peuvent conduire à une « république gouvernée par l’argent » plutôt que par la vertu civique.
Le livre examine également la place des intellectuels et des philosophies dominantes — athéisme pratique, positivisme, culte du progrès — qui, selon Jannet, contribuent à séculariser la vie publique et à vider la démocratie de ses garde-fous moraux. Il met en regard la puissance matérielle accumulée et la faiblesse des institutions morales capables d’orienter cette puissance vers le bien commun.
Enfin, fidèle à sa méthode, l’auteur conclut par des considérations institutionnelles : le gouvernement local, les forces sociales qui ont permis jusqu’ici la survie de la République, et les « vraies libertés » qui consistent en institutions auxiliaires du bien. Son propos n’est pas simplement de dénoncer, mais d’inviter à la réflexion — depuis un horizon catholique — sur les remèdes possibles pour rétablir une saine hiérarchie des fins et des moyens dans la cité.
Dans l’ensemble, ce premier tome est une mise en garde : il montre comment un système politique, né pour garantir des libertés légitimes, peut dégénérer lorsqu’il perd sa boussole morale et s’abandonne à la loi du plus fort — ou du plus riche. L’ouvrage doit se lire comme un diagnostic et un appel à la restauration des principes moraux qui fondent toute société durable.
Critique documentée et catholique des institutions américaines fin XIXᵉ : suffrage universel, argent, presse et mœurs. Réflexion sur les risques d'une démocratie dénuée de garde-fous moraux.